Le récent incendie au Chantier naval Maxi Dolphin à Erbusco, dans le nord de l'Italie, a naturellement attiré l'attention de l'ensemble de l'industrie nautique. Un important bâtiment de production a été détruit, ainsi que trois yachts qui s'y trouvaient, dont un voilier MD80 qui était apparemment sur le point d'être achevé. Environ 20 équipes de pompiers sont intervenues et ont travaillé toute la nuit pour maîtriser l'incendie, réussissant à l'empêcher de se propager à un bâtiment de production voisin. Plus important encore, aucun blessé ni décès n'a été signalé.

La cause de l'incendie n'a pas encore été établie et les enquêtes se poursuivent. Il serait donc inapproprié de spéculer sur l'origine du feu, sur les mesures de protection en place ou sur la possibilité qu'un élément ait pu modifier l'issue. Cependant, des incidents de cette ampleur incitent inévitablement l'ensemble de l'industrie à réfléchir aux défis liés à la gestion du risque d'incendie lors de la construction, de la réparation et de la refonte navales.

Maxi Dolphin n'est pas non plus un cas isolé. En 2018, un incendie majeur s'est déclaré à Le chantier naval de Brême de Lürssen, touchant une cale flottante et un yacht en construction. En 2022, un incendie à Le site de production de Ferretti Yachts à Cattolica détruit un yacht de 30 mètres qui serait sur le point d'être achevé et en a endommagé deux autres. Plus récemment, en 2024, un incendie à bord du yacht Flagship alors qu'il se trouvait dans un chantier naval de Miami Cet incident a conduit à la déclaration de perte totale du navire, évaluée à $5 millions. Les circonstances propres à chaque incident sont différentes et il convient de s'abstenir de toute comparaison directe. Dans l'ensemble, toutefois, elles soulèvent une question plus générale pour le secteur : nos approches en matière de protection contre les incendies évoluent-elles aussi rapidement que les environnements qu'elles sont censées protéger ?

Black smoke and orange flames rising from the deck of a large grey vessel under repair in a shipyard, with workers in hi-vis vests and a crane basket overhead

Le risque d'incendie n'est pas statique

Un chantier naval est rarement un environnement statique. Au fur et à mesure qu'un navire avance dans sa construction ou sa modernisation, sa configuration, sa main-d'œuvre et son profil de risque peuvent changer de manière significative. Les structures ouvertes deviennent des compartiments clos, les sous-traitants se déplacent d'une zone à l'autre, des alimentations électriques temporaires sont installées, les matériaux sont déplacés et des activités telles que le soudage et le découpage peuvent avoir lieu en même temps que l'installation électrique, la peinture et l'aménagement intérieur.

Le profil de risque d'incendie qui existait plusieurs semaines auparavant peut donc sembler très différent aujourd'hui. Le défi consiste à s'assurer que la stratégie de protection contre l'incendie évolue au même rythme.

Cela devient particulièrement important lorsque les systèmes permanents de détection d'incendie et d'alarme n'ont pas encore été installés, mis en service ou sont temporairement mis hors service pendant des réparations ou des travaux de réaménagement. Un navire peut ainsi voir sa complexité et sa valeur augmenter à un moment où son système permanent de détection d'incendie et d'alarme n'offre pas encore une couverture complète.

Cela pose une question importante pour les chantiers navals : quelle détection est mise en place pendant cet intervalle ? Si le système permanent n'est pas encore disponible, les équipes doivent tout de même réfléchir à la manière dont un incident serait identifié et l'alarme déclenchée le plus tôt possible.

Pour les équipes de projet, la question devrait donc être plus vaste que la simple protection dont bénéficiera le navire terminé. Comment gère-t-on l'évolution des risques à chaque étape du processus ?

On peut accorder une véritable importance à la protection contre l'incendie dont disposera un navire une fois achevé, mais nous devons également nous demander ce qui est en place pendant sa construction ou sa rénovation. Le risque n'attend pas que le système permanent soit prêt. À mesure que le navire se développe et que l'environnement change, nous devons nous assurer qu'il n'y a pas de faille dans la manière dont un incendie serait détecté et signalé.

Justyna Seed, Senior Business Development Manager Europe, Ramtech

Un dépistage précoce, c'est gagner du temps

Quel que soit l'environnement, plus un incident est identifié tôt, plus tôt une réponse appropriée peut commencer.

L'incendie de Maxi Dolphin se serait déclaré vers 22h00. Cela ne nous apprend rien sur le moment où il a été détecté pour la première fois ni sur les systèmes et procédures en place, et aucune supposition ne doit être faite à l'égard de l'un ou de l'autre.

Elle soulève cependant une question pertinente pour l'ensemble du secteur concernant ce qui se passe en dehors des heures de travail normales, lorsqu'il y a potentiellement moins de monde pour identifier les premiers signes d'un incident.

Fire and black smoke billowing from the deck machinery of a white and teal vessel in a shipyard, with workers in hard hats watching from the dockside

Si un incendie se déclarait à bord d'un navire, dans un atelier ou une zone de production tard dans la nuit, qui le détecterait ? En combien de temps les bonnes personnes seraient-elles informées, et sauraient-elles exactement où leur intervention est requise ? Ces questions peuvent paraître simples, mais elles mettent à l'épreuve un principe fondamental : savoir si la stratégie de lutte contre l'incendie fonctionne non seulement sur le papier, mais aussi dans la réalité changeante d'un environnement de chantier naval.

Une question qui vaut la peine d'être posée

La cause de l'incendie du Maxi Dolphin fait toujours l'objet d'une enquête, et il serait erroné de tirer des conclusions sur ce qui s'est passé ou sur ce qui aurait pu changer l'issue. Mais des incidents de ce type offrent l'occasion à l'ensemble de l'industrie d'examiner sa propre approche du risque d'incendie.

“ On peut se concentrer énormément sur la protection incendie dont disposera un navire une fois achevé, mais nous devons aussi nous demander ce qui est en place pendant sa construction ou sa rénovation. Le risque n'attend pas que le système permanent soit prêt. À mesure que le navire évolue et que l'environnement change, nous devons nous assurer qu'il n'y a pas de faille dans la manière dont un incendie serait détecté et signalé. ” – Justyna Seed, responsable du développement commercial senior – Europe, Ramtech

Pour les chantiers navaux, les constructeurs et les ateliers de réparation, la question la plus utile n'est peut-être pas de savoir ce qui s'est passé chez Maxi Dolphin, mais ce qui se passerait au sein de leurs propres installations : si un incendie se déclarait ce soir, qu'est-ce qui le détecterait, à quelle vitesse les bonnes personnes seraient-elles prévenues et à quel point le site serait-il préparé à y répondre ?
C'est une question qui mérite d'être posée avant qu'un incident ne mette la stratégie à l'épreuve.

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